RÉGIONS:

DE NTV MENACE LE PLURALISME DES MÉDIAS

La prise de contrôle de NTV, dernière chaîne de télévision indépendante de
Russie, par le monopole d’État du gaz, Gazprom, soulève de graves
inquiétudes quant à la détermination de la Russie à préserver le pluralisme
des médias, soulignent le Comité pour la protection des journalistes (CPJ),
Reporters sans frontières (RSF) et la Fédération internationale des
journalistes (FIJ). Gazprom a pris formellement le contrôle de la chaîne de
télévision lors de l’assemblée des actionnaires du 3 avril. Le fondateur de
NTV, Vladimir Goussinski, qui lutte actuellement en Espagne contre la
déportation, a lui aussi été écarté du conseil d’administration, rapporte le
CPJ. La prise de contrôle a provoqué un conflit entre la nouvelle
administration de NTV et les journalistes de la station, ainsi que certaines
des manifestations de rue les plus importantes de ces dernières années en
Russie.

Un grand nombre de journalistes indépendants en Russie voient dans le sort
de NTV un indice de la politique du président Vladimir Poutine, qui consiste
à limiter la liberté de la presse dans le pays, dit le CPJ. Le groupe ajoute
que le 31 mars, des milliers de protestataires sont descendus dans les rues
de Moscou pour exprimer leur inquiétude devant l’éventuelle prise de
contrôle de NTV par Gazprom. D’autres manifestations ont eu lieu à Moscou et
à St-Pétersbourg les 7 et 8 avril en faveur des journalistes qui combattent
la prise de contrôle, rapporte le Centre européen du journalisme (CEJ), qui
cite des reportages de "Russia Today" et de l’Agence France-Presse. Les
foules les plus importantes depuis des années à descendre dans la rue pour
des raisons politiques ont suivi les discussions infructueuses entre les
journalistes et la nouvelle direction qui ont pris fin le 6 avril, dit le
CEJ.

Le CPJ n’adopte aucune position formelle sur la propriété des médias, mais
demeure très inquiet à la suite de la prise de contrôle. Malgré l’assurance
que Gazprom a donnée de ne pas intervenir dans la politique rédactionnelle,
le CPJ estime que "les signaux actuels sont très troublants". La FIJ et son
affiliée russe, l’Union des journalistes de Russie (JUR), condamnent ce
"coup à la direction". La FIJ appuie entièrement les journalistes et
professionnels de la presse de NTV qui protestent, et demande à la nouvelle
direction de consentir à une Charte de l’indépendance de la rédaction
garantissant au personnel le droit d’être consulté sur les changements à la
direction et à la rédaction. La Charte proposée donnerait également aux
journalistes le droit de refuser une affectation qui serait contraire à l’
éthique du journalisme professionnel, telle qu’elle est énoncée dans le code
de conduite de la JUR ou dans la Déclaration de principes de la FIJ sur la
pratique du journalisme. RSF dénonce aussi la prise de contrôle, et déclare
que le gouvernement russe conduit une politique délibérée de prise de
contrôle de l’ensemble des médias audiovisuels d’audience nationale en
Russie. Le gouvernement contrôle déjà les deux autres chaînes nationales de
télévision, ORT et RTR.

Le CPJ a rendu public en mars un exposé sur le président Vladimir Poutine et
la presse en Russie, qui montre comment le nouveau président emploie les
vieilles méthodes du Kremlin pour contrôler l’information. Le rapport,
intitulé "Managing The Messengers" [Gérer les messagers], est disponible à
http://www.cpj.org.">http://www.cpj.org">http://www.cpj.org.

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