Il régnait une atmosphère dâénergie et dâespoir au séminaire "Dix ans : Ãvaluation, défis et perspectives", que lâUNESCO a tenu du 3 au 5 mai à Windhoek, rapporte le groupe des Journalistes canadiens pour la liberté dâexpression (CJFE). La manifestation était tenue pour marquer le dixième anniversaire de la Déclaration de Windhoek sur les médias indépendants et pluralistes. Des représentants de lâUNESCO, dâautres organisations internationales, dâassociations de journalistes, de groupes de défense de la liberté dâexpression et dâorganisations de défense des droits de la personne ont participé à lâévénement, qui a couvert des questions comme les lois sur les injures, la radiodiffusion comme service public, lâInternet et la libéralisation des ondes. Les participants à la conférence ont formulé une série de recommandations, dont on obtiendra le texte intégral en sâadressant à lâUNESCO.
Les groupes de défense de la liberté de la presse et des organisations régionales de toute lâAfrique ont renouvelé leur détermination à renforcer les efforts interrégionaux de lutte en faveur de la liberté de la presse. Le secrétaire général de Journaliste en Danger (JED), Mwamba wa ba Mulamba, de la République démocratique du Congo, a annoncé la création dâun nouveau groupe régional de de défense de la liberté de la presse, lâOrganisation des médias dâAfrique centrale (OMAC). [Pour plus de renseignements, communiquer avec JED à B.P. 633, Kinshasa 1, République démocratique du Congo; téléphone : +243 99 29 323, +243 99 29 345; télécopieur : +243 12 21 974; courriel : jedkin@ic.cd; site web : www.congonline.com/Jed]">mailto:jedkin@ic.cd">jedkin@ic.cd; site web : www.congonline.com/Jed]
Alors quâils prenaient note de tous les moyens innovateurs dont on a utilisé lâInternet pour la défense de la liberté de la presse depuis dix ans, les délégués constataient le "fossé numérique" et le manque dâaccès à lâInternet auxquels se heurtent tant de gens en Afrique. Les participants ont aussi constaté que la liberté dâexpression inclut le droit à un accès juste et égal aux moyens de communications.
Autre inquiétude considérable à la conférence: la pratique, dans un grand nombre de médias africains, dâutiliser les dépêches et les reportages des services internationaux de nouvelles, ce qui a pour effet de réduire le contenu local qui reflète les collectivités parmi lesquelles ces médias travaillent. Une des raisons avancées pour expliquer cette tendance, dit le CJFE, serait l'absence de formation pour les journalistes locaux. Selon la présidente du groupe consultatif de lâUNESCO sur les questions de liberté de presse, Mia Doornaert, ajoute que les pays en développement souvent ne disposent pas dâun marché intérieur suffisamment fort pour soutenir des médias locaux indépendants. Elle note que, dans les pays développés également, les propriétaires des médias réduisent les effectifs et les salaires des journalistes, aux dépens du journalisme dâenquête et de la qualité de lâinformation.
Le coordonnateur de la Conférence internationale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et lâintolérance qui y est associée, Jyoti Shankar Singh, a insisté sur lâimportance de la rencontre de Durban, en Afrique du Sud, qui aura lieu du 31 août au 7 septembre prochain. Singh a déclaré que lâévénement donnerait lâoccasion de discuter du "dilemme permanent" entre le droit à une presse libre et le droit de nâêtre pas soumis aux discours haineux, câest-à -dire "de nâêtre pas soumis à des incitations à la haine ou au ridicule racial". Reconnaissant lâeffet peu rassurant que la réglementation peut avoir sur la liberté dâexpression, Singh défend une "sorte dâimmunisation" qui combattrait la discrimination raciale par lâinformation et, au moyen des médias, veillerait à ce que la réalité multiraciale et la diversité culturelle "[soit] reflété équitablement et avec précision" dans les médias.
La conférence de Windhoek sâest tenue dans un certain climat de tension avec le gouvernement hôte. Le journal "The Namibian" rapporte que le Comité de coordination des organisations de défense de la liberté de la presse, dont font partie cinq groupes membres de lâIFEX, a accusé le 6 mai le gouvernement namibien de violer "les principes élémentaires de la liberté de la presse". Le comité a adopté une résolution affirmant que le président Sam Nujoma sâétait servi des célébrations de la Journée mondiale de la liberté de la presse par lâUNESCO "pour adresser des reproches à la presse". Nujoma a lancé un avertissement sans nuances aux journalistes, aux professionnels des médias et à lâInstitut des médias dâAfrique australe (MISA), les accusant de ne pas agir de façon responsable pour veiller à ce que les médias du pays réalisent des reportages équilibrés et objectifs. "Si les gouvernements et leurs dirigeants ne sont pas à lâabri de la critique, il en est de même des médias", a-t-il dit dans son discours, livré devant les participants à la conférence par le ministre des Affaires étrangères. Nujoma a aussi présenté une interprétation troublante de la liberté de la presse, affirmant, rapporte le CJFE, que les gouvernements sont en grande partie "les générateurs de lâinformation" et que "les médias servent dâinstruments pour porter ces informations au peuple". Le Comité de coordination a aussi noté plusieurs autres exemples de violation, dont lâinterdiction de publicité gouvernementale dans le "Namibian" et lâinterdiction faite aux médias qui assistaient aux célébrations de couvrir dâautres sujets dans le pays.
Les célébrations du 3 mai ont ausi été lâoccasion de reconnaître le travail du journaliste birman emprisonné U Win Tin, lauréat de cette année du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo-Cano [voir les "Communiqués" 10-17 et 10-10 de lâIFEX]. Prescott Low, ancien président de lâAssociation mondiale des journaux, qui a proposé U Win Tin, a reçu la récompense et a livré un message en son nom. ">http://communique.ifex.org/articles_francais.cfm?category=0X&volume=10&issue_no=17&lng=francais#3055">10-17 et 10-10 de lâIFEX]. Prescott Low, ancien président de lâAssociation mondiale des journaux, qui a proposé U Win Tin, a reçu la récompense et a livré un message en son nom.
Paula Cano, la petite-fille du journaliste colombien Guillermo Cano assassiné en 1986 qui a donné son nom au prix de lâUNESCO, sâest également adressée à la conférence. Elle a souligné lâassassinat de deux autres journalistes en Colombie, rien que pendant la semaine précédente [voir lâarticle consacré à la Colombie dans le présent "Communiqué"]. Elle a déclaré cependant quâ"au lieu dây voir des motifs de résignation et de découragement, ces affreux événements constituent des exemples suffisamment forts pour nous inciter à persister dans la défense de la liberté de parole et pour réaffirmer son importance comme lâun des droits les plus fondamentaux de la personne". Le directeur général de lâUNESCO Koïchiro Matsuura, a lancé un appel aux autorités birmanes et syriennes pour quâelles libèrent U Win Tin et Nizar Nayyouf, lui-même lauréat lâan dernier du prix UNESCO/Guillermo-Cano, et pour quâelles leur apportent immédiatement des soins médicaux. [Nayyouf a été relâché le 6 mai; voir lâarticle sur la Syrie, ci-dessous.]
Pour de plus amples renseignements sur les événements organisés à Windhoek pour la Journée mondiale de la liberté de la presse, consulter le site www.unesco.org/press-freedom-day.
SON ENGAGEMENT Ã L?ÃGARD DE LA LIBERTÃ DE LA PRESSE Ã LA RÃUNION DE L'UNESCO
