Le lobbying
Effectuer un lobbying efficace
On associe souvent le lobbying à des mots chuchotés derrière des portes closes, mais il ne s’agit là que d’une technique parmi d’autres. Il est habituellement nécessaire de combiner plusieurs méthodes de campagne pour convaincre un gouvernement d’écouter sérieusement ces chuchotements et de poser les gestes appropriés.
Le lobbying peut comprendre notamment :- des visites ou des rencontres avec les dignitaires dans la capitale nationale, à l’ambassade ou dans les bureaux locaux ou de district;
- des discussions avec des représentants lors de rencontres intergouvernementales (par exemple les conférences des Nations Unies, les sommets de l’Union Africaine, les rencontres du Commonwealth);
- des voyages ou des excursions organisés pour les dignitaires;
- des lettres, des pétitions et d’autres formes de communication avec les décideurs.
Pourquoi il est important d’effectuer du lobbying auprès des gouvernements :
- Les gouvernements détiennent le pouvoir.
- Les politiciens mènent l’opinion publique autant qu’ils la suivent.
- Les gouvernements peuvent influencer les autres gouvernements.
- Les gouvernements décident des actions des organisations intergouvernementales.
- Les gouvernements peuvent améliorer les normes internationales et les mécanismes de protection des droits de la personne.
- Les gouvernements peuvent changer les lois et les pratiques.
Vers qui diriger le lobbying
Étude et analyse
Le point de départ de la mise au point de stratégies, c’est l’étude et l’analyse de la situation dans laquelle vous vous trouvez, des problèmes que vous tentez de régler, des opportunités dont vous pourriez profiter et des ressources disponibles.
Questions :
- Le gouvernement auprès duquel vous faites du lobbying a-t-il signé et ratifié un traité international sur les droits de la personne ?
- Ce gouvernement a-il explicitement présenté un énoncé de principes sur la question des droits de la personne à l’échelle internationale, ou s’est-il engagé en ce sens ?
- Existe-t-il des mécanismes de surveillance ou de contrôle des politiques du gouvernement au niveau parlementaire ou officiel ?
- Existe-t-il des mécanismes indépendants d’examen des liens qui existent entre les droits de la personne et la politique étrangère, commerciale ou militaire ? Qui contrôle ces mécanismes ? Les soumissions sont-elles acceptées ?
- Existe-t-il des mécanismes formels à la disposition des organisations des droits de la personne pour contribuer aux politiques en général, ou dans le cas de certains pays ou enjeux particuliers ?
- Le gouvernement profite-t-il de liens militaires, économiques ou culturels particuliers avec d’autres pays, qui lui accorderaient une certaine influence ? Quels sont ces pays ? Quelles sont les sources d’influence dans ces pays ?
- Dans quelles organisations intergouvernementales votre gouvernement est-il représenté ? Est-il représenté au sein de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, du Conseil de sécurité des Nations Unies, de la Banque mondiale, d’organisations intergouvernementales locales ?
- Quels ministres, ministères et groupes d’intérêt participent à la formulation de la politique étrangère en général (ou d’autres politiques pertinentes) et à la politique touchant certains pays ou enjeux précis ? Avez-vous accès à ces personnes ?
- Qui est chargé de la politique étrangère au sein des partis politiques ?
- Les médias influencent-ils la politique étrangère ou commerciale ? Les médias sont-ils plus influents dans le cas de certains pays ou enjeux plus que dans d’autres ? Certains médias ou journalistes sont-ils plus influents que d’autres, en matière de politique ?
- Certains individus comme des juges, des universitaires, des écrivains ou des personnalités de la télévision sont-ils plus susceptibles d’exercer une influence que d’autres ?
- Comment le ministère des Affaires étrangères est-il organisé ? Y a-t-il en son sein des spécialistes de certains pays ou de certains sujets ? Avez-vous des contacts directs avec ces personnes ?
- Existe-t-il un organisme d’État consacré à l’élaboration de politiques en matière de droits de la personne et de relations internationales, comme une unité des Droits de la personne ? Avez-vous des contacts directs avec ces personnes ?
- Existe-t-il des lois spécifiques portant sur l’aspect humanitaire des liens militaires et économiques ?
- Existe-t-il d’autre groupes intéressés à promouvoir les droits de la personne par le biais de la politique étrangère, comme des ONG ?
- Les membres du personnel du ministère des Affaires étrangères et des autres ministères concernés reçoivent-ils une formation en matière de droits de la personne ?
- Le gouvernement s’est-il engagé à élaborer des stratégies de promotion des droits de la personne dans certains pays particuliers ?
Comment effectuer du lobbying
Aspects pratiques du lobbying
On fait appel à plusieurs techniques lorsque l’on tente d’informer et de persuader des personnes qui détiennent le pouvoir ou exercent une influence pour les inciter à protéger et à promouvoir les droits de la personne. Vous pourriez décider de faire appel à vos membres pour entreprendre une action, utiliser l’influence de tiers ou des publicités dans les médias, ou vous pourriez simplement prendre un café avec le ministre des Affaires étrangères. Sachez qu’à long terme, votre réussite dépend également des éléments suivants :
Préciser ses objectifs
L’objectif d’ensemble d’un programme de lobbying est de faire en sorte que la protection et la promotion des droits de la personne deviennent des éléments incontournables dans les relations internationales du gouvernement (et dans les politiques intérieures pertinentes). En fonction du chemin qu’il reste à parcourir avant que cet objectif ne soit atteint, vous pourriez établir d’autres objectifs à plus court terme, en fonction de votre analyse de la situation actuelle. Ces objectifs devraient comprendre notamment :
- la stimulation d’un débat public sur la politique étrangère et les droits de la personne;
- l’établissement de contacts avec des représentants élus et des partis politiques pour traiter de différentes questions liées aux droits de la personne;
- la réalisation d’une étude annuelle indépendante sur les actions du gouvernement en matière de droits de la personne;
- l’accès aux représentants clés de l’unité des droits de la personne du ministère des Affaires étrangères et l’établissement de bonnes relations de travail avec ces représentants;
- l’accès au ministre des Affaires étrangères et au président et/ou premier ministre, et l’exercice d’une influence auprès de ces personnes;
- la volonté du ministère des Affaires étrangères d’appuyer chacune des causes que vous lui présentez et d’agir en ce sens;
- le fait d’assumer un rôle de premier plan parmi les organisations internationales dans la défense d’une cause particulière liée à un pays ou aux droits de la personne.
Quels que soient vos objectifs, vous devrez pouvoir mesurer les progrès que vous faites, afin de mieux évaluer votre stratégie et votre travail.
Actions des membres
Les gouvernements sont généralement sensibles aux pressions de la communauté. Vous devrez donc élaborer une stratégie visant à faire participer vos membres et vos supporters de manière efficace, en leur fournissant les ressources nécessaires pour agir.
- Organisez des campagnes épistolaires pour vos membres ainsi que d’autres organisations, dans le but de faire connaître des enjeux précis à des membres ciblés du gouvernement ou des élus.
- Assurez-vous que vos membres tentent de rencontrer leurs représentants élus pour leur signifier leurs inquiétudes à titre d’électeurs. Ciblez certains représentants et membres influents du gouvernement.
- Organisez des événements de campagne comme des rencontres et des manifestations publiques dans la circonscription ou le comté de représentants élus.
- Invitez vos membres à écrire aux médias.
- Faites participer vos membres à des manifestations publiques organisées à l’intérieur ou à l’extérieur lors de rencontres importantes du gouvernement.
Le lobbying auprès de dignitaires
Une visite au bureau d’un décideur constitue souvent une excellente façon d’établir un contact et de transmettre votre message. Vous pouvez contacter le bureau par une lettre officielle en demandant un rendez-vous. La lettre devrait être signée par les personnes qui feront partie de la délégation. Assurez-vous de confirmer le rendez-vous par téléphone, vérifiez l’adresse, l’heure et les indications pour vous rendre au lieu de la rencontre. Si vous ne recevez pas de réponse à votre lettre, appelez de nouveau ou visitez le bureau pour demander un rendez-vous de nouveau, ou ayez recours aux contacts qui pourraient vous aider à entrer en communication avec le représentant en question.
Éléments à considérer :
- Prenez soin de bien planifier votre délégation. Plus votre délégation représentera un éventail d’intérêts différents, mieux vous serez en mesure de présenter tous les faits et les opinions nécessaires pour influencer le décideur.
- Confiez des tâches différentes à chacun des membres de l’équipe et nommez un chef, qui présentera les participants et dirigera la rencontre.
- Réfléchissez aux arguments que vous allez présenter, répétez-les, pensez aux questions et aux contre-arguments que l’on vous présentera et réfléchissez aux réponses que vous fournirez.
- Dites exactement au décideur ce que vous attendez de lui (par exemple, adopter une nouvelle loi, poser une question en Chambre, modifier une politique, s’adresser au conseil des ministres, etc.).
- Avant de partir, remettez au décideur une déclaration et des documents qui résument vos arguments, et n’oubliez pas de lui laisser vos coordonnées.
- Faites bon usage du temps qui vous est alloué – souvent, la moitié de la rencontre est consacrée aux présentations et aux autres questions, et la délégation ne transmet pas son message efficacement.
Un exemple d’objectif de stratégie :
Question : Qui devez-vous convaincre d’agir ?
Réponse : le parlement (la majeure partie des membres).
Question : Qui peut le convaincre, ou qu’est-ce qui peut le convaincre ?
Réponse : La politique du parti, un enjeu faisant appel à la conscience individuelle ou à la responsabilité personnelle, l’attitude de la communauté, les organisations respectées, les chefs religieux, certains juges, les organisations d’avocats, les préoccupations ou les pressions internationales.
Question : À quel moment agir ?
Réponse : Le parlement doit voter un projet de loi sur la liberté d’expression dans six semaines.
Stratégie possible :
Tentez d’obtenir soit l’engagement des partis politiques envers la liberté d’expression, ou leur engagement en faveur d’un vote fondé sur la conscience individuelle. Identifiez les députés qui sont favorables et ceux qui sont défavorables, ainsi que ceux qui sont susceptibles de changer d’avis. Orientez vos efforts vers ces derniers. Incitez chaque groupe à écrire à certains députés ciblés et à les rencontrer.
Où faire du lobbying
Conférences internationales
Les diplomates présents à des conférences telles que celles du Commonwealth et des Nations Unies s’attendent habituellement à faire l’objet de lobbying de la part de militants de leur propre pays ou de militants d’ailleurs, sur différents sujets.
Travailler en équipe
Pour commencer, rencontrez les autres militants de votre pays ou de votre région pour déterminer les principaux objectifs de vos efforts de lobbying et élaborer des stratégies qui convaincront les diplomates d’accepter votre position. Répartissez parmi le groupe les différents diplomates et délégations auprès desquels il faut faire du lobbying.
Lorsque vous rencontrez des diplomates et des délégations pour la première fois, il est important de leur permettre de vous expliquer leur position sur les différents enjeux. Ensuite, au fil de la discussion, si vous constatez que leur position ne va pas dans le sens de votre campagne, c’est alors que vous devez avoir recours au lobbying. Chaque militant devrait partager les résultats de ses rencontres avec les autres membres du groupe qui fait campagne, de manière à éviter un chevauchement d’efforts et de façon à mieux planifier les efforts de lobbying ultérieurs.
Contrôle et évaluation
Lorsque vous préparez des stratégies, pensez à des façons de mesurer vos progrès et d’évaluer les résultats de votre stratégie. Cela présume que les objectifs que vous avez fixés sont précis et mesurables.
Conseils pratiques pour les lobbyistes- Consolidez votre statut en tant qu’organisation-ressource auprès des personnes qui élaborent des politiques en leur fournissant des informations – bulletins, documents de recherche, publications et résultats de recherches.
- Exprimez votre volonté d’aider les décideurs à se procurer des documents et des données supplémentaires.
- Entretenez vos relations avec les personnes qui élaborent des politiques en leur envoyant des renseignements, en les remerciant lorsque leur vote appuie les enjeux qui vous intéressent et en les invitant à assister aux événements que vous organisez.
- Encouragez les gens à écrire des lettres personnelles à ces décideurs et faites parvenir une copie de ces lettres à la presse.
- Organisez un point de presse pour les personnes qui élaborent des politiques au cours duquel un spécialiste pourra parler de l’importance de l’enjeu qui vous préoccupe.
RÉFÉRENCES
© Publications d’Amnistie internationale.
Guide de campagne d’Amnistie internationale, 2001. 1, rue Easton, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni.
http://www.amnesty.org