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Le mois d'août en Afrique : tragédie au Togo, élections contestées au Kenya et « panthéon de la honte » au Nigeria

Des manifestants tués au Togo pendant qu'ils exigeaient la limitation du mandat présidentiel, une coalition appelle à la libération du correspondant de RFI au Cameroun, la présidence du Nigeria tenue pour responsable de la liberté d'information, des manifestants Kenyans tués à la suite des élections contestées et plus encore.

Un homme brandit une signalisation qui dit
Un homme brandit une signalisation qui dit "Quitte le pouvoir", lors d'une manifestation de l'opposition demandant la démission immédiate du président Faure Gnassingbe à Lomé, au Togo, le 7 septembre 2017

REUTERS/Noel Kokou Tadegnon

Le mois d'août a été un mois difficile pour les libertés d'expression, de réunion et d'association à travers le continent. Cela a été particulièrement évident au Togo, où la police a réprimé brutalement des manifestants pacifiques qui exigeaient une limitation des mandats présidentiels. Le 19 août 2017, des milliers de citoyens togolais - dans quatre villes à travers le pays - a pris d'assaut la rue appelant à la fin de la « dynastie Gnassingbé ».

Le président Faure Gnassingbé exerce actuellement son troisième mandat; son père, Gnassingbé Eyadema, était resté au pouvoir pendant 38 ans.

Les officiels togolais disent que deux civils ont été tués dans la ville de Sokodé alors que l'opposition a signalé sept décès.

La Fondation des médias pour l'Afrique de l'Ouest (MFWA) a condamné ces attaques, affirmant que c'était « une flagrante violation du droit des citoyens au rassemblements pacifique qui ne doit pas rester impunie ». Le groupe a demandé des enquêtes approfondies pour identifier les auteurs des attaques.

En République démocratique du Congo (RDC), des citoyens ont également été réprimandés pour avoir critiqué le gouvernement. Le 31 juillet, les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes et - selon certaines sources - des balles réelles sur des manifestants qui demandaient un calendrier électoral. « Nous condamnons fermement cette répression policière, qui n'a pas épargné les journalistes qui faisaient juste leur travail », a déclaré Tshivis T. Tshivuadi, le secrétaire général de Journaliste en Danger (JED).

Selon Reporters sans frontières (RSF), au moins 15 journalistes dans diverses villes ont été détenus alors qu'ils couvraient les manifestations. La plupart d'entre eux ont été libérés après que les autorités ont supprimé leurs photos et vidéos. Mais tous n'étaient pas si chanceux. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) rapporte que le journaliste Jean Pierre Tshibitshabu a été accusé « d'incitation et de provocation » après avoir été détenu, et qu'il a été molesté en détention.

« Les autorités congolaises devraient immédiatement libérer Jean Pierre Tshibitshabu, abandonner toutes les accusations contre le journaliste et prendre des mesures contre ceux qui l'ont molesté en prison », a déclaré Angela Quintal, coordonnatrice du programme Afrique du CPJ.

Mais les autorités en RDC ne sont pas les seules à être tenues pour responsable de leurs actions ou de leur manque de réactions. Au Nigéria, des militants de la liberté d'expression exhortent les responsables gouvernementaux à respecter la législation sur la liberté d'information.


Nigéria le panthéon de la honte

Le président Muhammadu Buhari a reçu une sorte de reconnaissance peu conventionnelle en août. Le chef nigérian et son bureau ont été intronisés au « panthéon de la honte de la liberté de l'information ». Créé par Media Rights Agenda (MRA), le Panthéon de la honte de la liberté de l'information vise à attirer l'attention sur les institutions et les officiels qui sapent l'effectivité de la Loi Nigériane de 2011 sur la liberté de l'information (FOI).


La décision de MRA d'accorder à la présidence une reconnaissance si infâmante était justifiée par de nombreux manquements à la mise en œuvre de la loi. Par exemple, dans les six années qui ont suivi l'adoption de la loi, MRA affirme qu'il n'a pas connaissance que la présidence a répondu positivement à une seule demande d'information. Au lieu de cela, MRA note que la présidence a soit refusé, soit complètement ignoré les demandes, sans fournir un avis écrit donnant les raisons des demandes refusées.

Dans un communiqué, Ridwan Sulaimon, responsable du programme en charge de la liberté d'information de MRA, a déclaré: « Ceci est clairement un mépris de la présidence pour les dispositions de la loi sur la liberté de l'information dans tous ses aspects qui équivaut à l'impunité au plus haut niveau de gouvernement. C'est un échec cuisant de leadership que l'institution gouvernement, qui devrait donner l'exemple à toutes les autres institutions publiques, s'est elle-même mise dans une position si intenable qu'elle n'a plus l'autorité morale d'insister sur le respect par d'autres institutions gouvernementales ».


#FreeAhmedAbba

Au 6 septembre, cela faisait 770 jours que le journaliste Ahmed Abba était en détention. Le correspondant en langue hausa de Radio France Internationale (RFI) était arrêté par les autorités au Cameroun en juillet 2015 après avoir couvert des attaques du groupe terroriste Boko Haram.

À la suite de la torture, de l'isolement et d'un procès qui a été reporté 18 fois, Abba a été condamné à payer une amende de 85 000 euros et à purger dix ans de prison pour « blanchiment du produit d'un acte terroriste ».

La communauté internationale a dénoncé la détention d'Abba dès le début et a fait plus en formant une coalition de soutien à Abba. Le 16 août - le jour avant qu'Abba ne fasse appel de sa peine de prison - RSF a publié une déclaration annonçant qu'elle avait, en partenariat avec les médias, les artistes et les collègues membres de l'IFEX JED, le CPJ et la Fédération internationale des journalistes (FIJ), appelé à la libération du journaliste.

« En regroupant des personnalités célèbres du monde entier et en particulier d'Afrique, le comité a décidé de commencer en ligne en créant une page Facebook sur laquelle nous partagerons les messages de ses soutiens », a déclaré Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de RSF.

RSF

Mais plus tard cette nuit, les avocats d'Abba ont découvert que le nom de leur client avait été retiré de la liste des audiences du tribunal militaire sans explication et reporté à une date ultérieure, selon RFI. Le report du procès ne fera que galvaniser davantage les soutiens d'Abba, qui ont juré de continuer à plaider pour sa libération. « Ce n'est que la première étape », a déclaré Cléa Kahn-Sriber, la responsable du bureau d'Afrique de RSF. « La campagne va prendre des proportions si les autorités ne libèrent pas Ahmed Abba ».

Malheureusement, le Cameroun n'était pas le seul pays de l'Afrique de l'Ouest à pénaliser les journalistes pour leur travail au mois d'août.


Les caricatures, WhatsApp et l'excellence des médias de l'Afrique de l'Ouest

Au Sénégal, la journaliste Ouleye Mané de la Tv Touba a été libérée après avoir passé plus d'un mois en détention pour avoir partagé une caricature du président Macky Sall sur WhatsApp. L'image a représenté Sall dans une position compromettante. Mané était détenue avec trois autres personnes pour « publication d'images qui portent atteinte à la moralité publique », selon MFWA.

Le journaliste de l'association la Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS) - l'un des partenaires de MFWA - a eu ce commentaire sur ce cas: « La caricature est une forme d'expression pour les journalistes. Bien que nous n'encourageons pas les insultes et toute forme de dénigrement de l'image du président, il s'agit d'une question de responsabilité journalistique et non de légalité ».

Mais en août les instances de censure ont été balancées par des initiatives célébrant le journalisme courageux en Afrique de l'Ouest.

MFWA

Le 19 août, MFWA a lancé un appel pour les soumissions en vue de sa Conférence inaugurale sur l'excellence des médias et des prix de l'Afrique de l'Ouest, prévue pour le 28 octobre 2017.

La cérémonie de remise des prix célébrera les travaux originaux publiés par un média en Afrique de l'Ouest dans les catégories des reportages sur les droits humains, des rapports d'enquête, des rapports sur les objectifs de développement durable, des reportages sur les droits des femmes, entre autres. Cliquez ici pour plus d'informations.


Focus sur le genre: décision historique pour les droits des LGBTQI + en Afrique du Sud

Le 18 août 2017, une décision historique a trouvé Jon Qwelane - ancien ambassadeur d'Afrique du Sud en Ouganda - coupable de discours de haine.

La décision, prononcée par la Haute Cour de South Gauteng, portait sur une colonne que Qwelane avait écrite dans le Sunday Sun en juillet 2008 intitulée « Appelez-moi des noms, mais gay n'est pas correct ». L'article de Qwelane avait félicité « l'attitude osée et sans remord » du président zimbabwéen Robert Mugabe sur l'homosexualité, selon News24.

Le juge Dimpheletse Moshidi a dit que la déclaration était « ... blessante, nuisible et incite à la propagande de haine envers la communauté LGBT ».

L'affaire a été présentée par la Commission sud-africaine des droits humains (SAHRC), qui a réagit à la décision avec la déclaration suivante:

« À la lumière de la discrimination et de la violence en cours dirigées contre la communauté LGBTI GNC [lesbienne, gay, bisexuel, transsexuel, intersexuel et genre non conforme], la commission a estimé que l'article renforçait et perpétuait le préjudice dirigé contre les personnes LGBTI GNC et que le contenu de l'article dépassait les limites de la liberté d'expression ».

« Le discours de haine » - et la manière dont il est défini - est un sujet débattu de manière passionnelle dans la communauté de la liberté d’expression. Pour en savoir plus sur les différentes interprétations et compréhensions du discours haineux et de l'équilibre délicat avec la liberté d'expression, consultez la trousse à outils d'ARTICLE 19 sur le « discours de haine » et le Projet de discours dangereux de Susan Benesch.


Les violences post électorales au Kenya

Le mois d'août s'est terminé sur une note sombre pour la liberté d'expression.

Au Kenya, au moins 24 personnes ont été tuées lorsque des manifestations ont éclaté suite aux élections présidentielles très contestées du 8 août 2017, qui ont vu le président sortant Uhuru Kenyatta gagner avec 54,27 % des voix. La police a utilisé des gaz lacrymogènes et a tiré des balles réelles sur des partisans du chef de l'opposition de Raila Odinga à Kisumu - un bastion de l'opposition - ainsi que dans les quartiers populeux de Kibera et de Mathare à Nairobi, où un enfant de 8 ans a été tué par une balle perdue.

Dans un communiqué, le chercheur Otsieno Namwaya de Human Rights Watch a condamné la violence policière: « Les gens ont le droit de protester pacifiquement et les autorités kenyanes devraient urgemment mettre un terme aux abus de la police et demander des comptes aux auteurs ».

Les journalistes ont aussi été attaqués pendant qu'ils couvraient les violences. Dans la semaine suivant les élections nationales au Kenya, le CPJ a parlé avec 10 journalistes qui ont déclaré avoir été agressés ou harcelés au cours de leurs reportages.

Le harcèlement électoral ne s'est pas arrêté là; la société civile a également été ciblée. The Guardian rapporte que le régulateur des ONG du Kenya a tenté d'interdire deux groupes qui ont été impliqués dans la surveillance des élections - le Centre africain de gouvernance ouverte et la Commission nationale des droits humains du Kenya.

Peu après, Maina Kiai - qui siège au conseil d'administration des deux organisations et qui est l'ancien rapporteur spécial de l'ONU sur la liberté de réunion - a été brièvement détenu à l'aéroport Jomo Kenyatta de Nairobi alors qu'il se rendait à Amsterdam. Kiai a qualifié les récentes élections d’illégales et a déclaré que Kenyatta menace de ramener le pays en arrière, selon The Guardian. « Je crains que ce régime se radicalise et adopte l'approche d'Erdogan envers la société civile, les droits humains et les libertés civiles », a déclaré Kiai.

Le 1er septembre 2017, citant des irrégularités, la Cour suprême du Kenya a statué que les élections du 8 août étaient inconstitutionnelles, et a ordonné la tenue de nouvelles élections dans les 60 jours.


« Il a choisi de témoigner »

Le 26 août 2017, au moins 19 personnes ont été tuées au Soudan du Sud lorsqu'un conflit a éclaté entre les forces du gouvernement et celles des rebelles; parmi eux, Christopher Allen, un journaliste indépendant américain. Allen, âgé de 26 ans, publiait sur les forces rebelles depuis deux semaines avant d'être tué.

Une photo non datée du journaliste Christopher Allen
Une photo non datée du journaliste Christopher Allen

le Projet freelance Warzone / Facebook

Le 29 août, le CPJ a publié une déclaration demandant une enquête sur la mort d'Allen, dans laquelle il a exhorté les autorités à respecter le statut de tous les journalistes en tant que civils.

Dans une interview sur La Voix de l'Amérique, la mère d'Allen a parlé du dévouement de son fils à couvrir les zones de conflit: « Il a choisi de témoigner, il a choisi de regarder courageusement ce qui était douloureux et d'y trouver de l'humanité ».

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