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Les critiques du Président Correa vont en prison pour diffamation et sont condamnés à des millions en amendes

Le Président Correa de l’Équateur punit les critiques par une amende de 40 millions $US
Le Président Correa de l’Équateur punit les critiques par une amende de 40 millions $US

REUTERS/Enrique Castro-Mendivil

Par une décision rendue le 20 juillet, un juge équatorien a condamné un journaliste et trois cadres supérieurs d'un journal à trois ans de prison et à une amende de 40 millions de dollars pour avoir publié une chronique qui remettait en question l' à-propos d'un raid de l'armée destiné à sauver le Président Rafael Correa d'une manifestation de policiers en grève. La condamnation au criminel des critiques de Correa représente un coup majeur porté à la liberté de la presse, qui viole les obligations internationales de l'Équateur en matière de droits de la personne, indiquent la Fondation andine pour l'observation et l'étude des médias (Andean Foundation for Media Observation & Study, Fundamedios), la Société interaméricaine de la presse (SIP) et d'autres groupes membres de l'IFEX.

L'Équateur devrait abolir de son code criminel les dispositions relatives à la diffamation, connues sous l'appellation de loi « desacato », selon ce qu'affirment les membres de l'IFEX, surtout lorsque d'autres pays d'Amérique latine éliminent les peines de prison et les dures pénalités pour diffamation pénale.

Les dispositions pénales en matière de diffamation sont souvent utilisées par les détenteurs du pouvoir pour limiter la critique et contrôler le débat public, dit ARTICLE 19. En fait, les responsables du gouvernement doivent tolérer davantage, et non pas moins, la critique que les particuliers, en raison de l'intérêt du public pour le débat ouvert à propos des personnalités publiques et des institutions. Par conséquent, les lois pénales sur la diffamation ne doivent pas s'appliquer de manière à mettre les responsables du gouvernement à l'abri de la critique.

Les quatre défendeurs ont été condamnés à verser en tout des amendes de 30 millions de dollars US, tandis qu'une amende supplémentaire de 10 millions $US était infligée au « El Universo » - l'un des plus importants quotidiens du pays et le principal journal d'opposition. Le journaliste Emilio Palacio, qui a publié la chronique du 6 février pour le journal « El Universo », a qualifié la sentence de « barbarie ».

Dans sa chronique, intitulée « Non aux mensonges », Palacio parle de Correa comme du « dictateur » qui a ordonné aux soldats de « tirer - sans avertissement - sur un hôpital rempli de civils et d'innocents » en septembre 2010, pendant une rébellion de la police qui protestait contre le plan du gouvernement de comprimer les avantages sociaux des policiers. Palacio laissait entendre que ces mesures pouvaient constituer des crimes contre l'humanité. Pendant la crise, Correa a été bousculé par des manifestants et a dû se réfugier à l'intérieur de l'hôpital jusqu'à ce que des soldats équatoriens se portent à sa rescousse. Au moins 10 personnes ont perdu la vie au cours de cet incident, indiquent les dépêches. Palacio a également critiqué Correa pour avoir envisagé de gracier les policiers impliqués dans la rébellion.

En mars 2011, Correa a porté des accusations de diffamation contre Palacio et les cadres du journal de Guayaquil, Carlos Pérez Barriga, César Pérez Barriga et Nicolás Pérez Barriga, exigeant une peine de trois ans de prison pour chacun des défendeurs et 80 millions de dollars en réparations du journal et de ses employés. Correa prétend que la chronique « l'a insulté délibérément, immoralement et malicieusement, dans l'unique intention de ternir son prestige, son honneur et sa réputation », rapporte Human Rights Watch. Les administrateurs du quotidien ont offert de publier une correction si le Président la rédigeait lui-même; Correa a rejeté cette offre.

« Nous nous inquiétons qu'un président élu démocratiquement puisse avoir recours à des lois aussi surannées pour faire taire les reportages critiques », dit le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

« L'incapacité chronique du Président Correa à affronter la critique, fût-elle malavisée ou inexacte, révèle un rejet obstiné de certains des principes les plus fondamentaux de la démocratie », fait remarquer le Comité mondial pour la liberté de la presse de Freedom House. « Son penchant pour la joute avec ses critiques et ses offensives tous azimuts pour les acculer à la faillite et les expulser de l'arène publique dénotent un refus des règles du jeu démocratique. »

C'est la deuxième fois que Correa entame des poursuites judiciaires contre des journalistes équatoriens. Correa a intenté des poursuites civiles en diffamation de 10 millions $US contre les journalistes d'enquête Juan Carlos Calderón et Christian Zurita, auteurs d'un ouvrage intitulé « Gran Hermano » (Big Brother) qui porte sur la corruption dans les milieux officiels. Les médias du pays font souvent l'objet de critiques de la part de Correa dans ses émissions de radio et de télévision, connues sous les appellations de « cadenzas » et de « enlaces », dit Reporters sans frontières (RSF). Il y traite les journalistes d'« irresponsables », de « corrompus » et d'« assassins de l'encre », rappelle l'Institut international de la presse (IIP).

La loi de l'Équateur tranche sur les changements progressifs intervenus dans d'autres pays latino-américains, disent les membres de l'IFEX. En 2009, la Cour suprême du Costa Rica a éliminé les peines de prison pour diffamation pénale, tandis que le Congrès d'Argentine a retiré du code pénal les dispositions sur la diffamation pénale. Cette même année, le Tribunal fédéral suprême du Brésil a annulé la Loi de 1967 sur la presse, qui imposait de brutales pénalités pour diffamation. « Jeter quelqu'un en prison pour un délit commis par un média est contraire à la jurisprudence établie par la Cour interaméricaine des droits de l'homme, que l'Équateur est tenu de respecter en tant que membre de l'Organisation des États américains », rapporte RSF.

La SIP presse la Commission interaméricaine des droits de l'homme (IACHR) de suivre de près la situation de la liberté de la presse et de la liberté de parole en Équateur, afin d'insister pour que les gens au pouvoir amendent les lois qui font des délits criminels du fait de critiquer et d'exprimer des opinions.

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