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La victoire de Correa sir la question de la diffamation met à nu la situation « troublante » de la libre expression dans le pays

Juan Carlos Calderón et Christian Zurita avec leur ouvrage controversé, « El Gran Hermano »
Juan Carlos Calderón et Christian Zurita avec leur ouvrage controversé, « El Gran Hermano »

ecuadortimes.net

Deux journalistes équatoriens ont été condamnés à verser au Président Rafael Correa la somme de deux millions de dollars US en réparations pour dommages moraux -dernier épisode d'une série d'incidents qui indiquent une situation « troublante » de la libre expression en Équateur, « qui va en s'aggravant » sous le Président Rafael Correa, dit l'ALC de l'IFEX, une alliance de 16 groupes membres de l'IFEX en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Juan Carlos Calderón et Christian Zurita sont les auteurs du livre « El Gran Hermano » (Big Brother), dans lequel ils allèguent que 600 millions de $US en contrats gouvernementaux ont été attribués à des entreprises liées au frère aîné du président.

Dans son jugement daté du 7 février, le juge déclare que les accusations contre le président lui ont causé des dommages moraux assimilables à un « préjudice spirituel », un principe qui n'existe pas dans le droit équatorien, rapporte l'ALC de l'IFEX.

Selon les dépêches, la juge Mercedes Portilla a décidé que le Président équatorien a subi une « grande humiliation, une grave détresse sociale et morale, et [qu'il] avait été diffamé devant l'ensemble des Équatoriens et des lecteurs ».

En plus du million de dollars que chacun des deux auteurs est condamné à verser en réparations, les journalistes ont été condamnés à payer 100 000 $US pour couvrir les frais juridiques du président, indique le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Bien que Correa ait annulé les contrats et déclaré ne pas être au courant des arrangements, il a ensuite intenté une poursuite en diffamation de 10 millions de $US contre les journalistes et consacré trois allocutions présidentielles radiodiffusées (cadenas) pour discréditer l'ouvrage et ses auteurs, dit le CPJ, qui accuse Correa de se servir des lois sur la diffamation pour faire taire les journalistes critiques.

L'ALC de l'IFEX qualifie les sentences de « disproportionnées » et d'« injustifiées ».

Calderón a déclaré que les journalistes envisageaient d'interjeter appel de la décision de la Cour provinciale. Il a qualifié la peine de « forme de punition pour pratique du journalisme » et l'amende d'« absurde et irrationnelle », selon le Knight Center. Même le frère du président, Fabricio Correa, a déclaré que la peine était « abusive », selon ce que rapportent les dépêches.

La décision n'augure rien de bon pour le quotidien « El Universo », qui attend que le plus haut tribunal d'Équateur entende son appel - prévu aujourd'hui - contre un verdict qui condamne quatre employés du journal à trois ans de prison chacun et à un total de 40 millions $US en réparations pour des accusations d'avoir diffamé Correa.

« Le verdict, s'il est maintenu par la haute cour, pourrait mener le journal à la ruine, jeter ses administrateurs en prison et faire frissonner d'effroi la dissidence pendant des années à venir », prévient le CPJ.

Correa possède de lourds antécédents de répondre de manière agressive à la couverture critique dans les nouvelles. Un reportage spécial publié en septembre par le CPJ montre qu'en moins de cinq ans, Correa a transformé l'Équateur en l'un des pays les plus restrictifs de l'hémisphère à l'égard de la presse.

D'après le CPJ, son administration a « fait entrer le pays dans une ère de répression généralisée par le dépôt de poursuites en diffamation, l'annulation d'émissions de nouvelles sur les chaînes privées, l'adoption de mesures juridiques restrictives et la diffamation des voix critiques ».

L'Équateur était aussi à l'origine des recommandations adoptées le mois dernier par le Conseil permanent de l'Organisation des États américains, recommandations qui pourraient en effet affaiblir le rapporteur de l'organisation pour la libre expression, qui critique sévèrement les politiques de Correa.

Le groupe membre de l'ALC de l'IFEX en Équateur, la Fondation andine pour l'observation et l'étude des médias (Fundamedios), dénonce à grand bruit les gestes de Correa. « Il est devenu difficile pour la presse de travailler sans subir l'ingérence du gouvernement. Le harcèlement des reporters critiques par l'État s'est accru de manière substantielle », dit le directeur général de Fundamedios César Ricaurte. Fundamedios a documenté plus de 150 violations de la libre expression l'an dernier seulement.

L'ALC de l'IFEX presse les organismes régionaux et internationaux d'agir comme médiateurs dans le « conflit entre le gouvernement et la presse ». « Nous croyons que la situation en ce qui concerne le droit fondamental à la libre expression en Équateur s'est détériorée au point où la communauté internationale ne doit pas rester indifférente », dit l'ALC de l'IFEX.

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