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La grâce accordée par Correa ne changera en rien la situation alarmante de la libre expression, disent les membres de l'IFEX

Au milieu de la condamnation internationale qui va s'amplifiant, le Président de l'Équateur Rafael Correa a déclaré qu'il gracierait un ancien rédacteur en chef et trois propriétaires du journal « El Universo », condamnés à des amendes de 40 millions $US et à trois ans de prison dans une affaire de diffamation, selon ce que rapportent la Fondation andine pour l'observation et l'étude des médias (Fundamedios).

Au cours d'une cérémonie au palais du gouvernement à Quito, cérémonie qui était retransmise à la télévision nationale, Correa a annoncé sa décision de « gracier les accusés, de leur accorder la rémission des peines qu'ils méritaient de recevoir ».

Il a déclaré en outre qu'il abandonnerait une poursuite contre deux autres journalistes auteurs d'un ouvrage qui dévoile les contrats du gouvernement accordés au frère du Président.

Proclamant sa victoire sur ce qu'il a qualifié de « dictature des médias », Correa a ajouté : « On pardonne, mais on n'oublie pas. »

Correa se livre à la bagarre avec les médias depuis son entrée en fonction en 2007. Selon les membres de l'IFEX, il a créé un climat d'intimidation afin d'étouffer la liberté de parole et de faire taire les critiques. Correa affirme se battre contre un establishment médiatique indélogeable, biaisé en faveur d'intérêts puissamment riches qui possèdent et contrôlent les entreprises de médias.

D'après les dépêches, Emilio Palacio, rédacteur en chef de « El Universo » condamné dans cette affaire, a déclaré que des pressions des autres gouvernements et des groupes de défense des droits de la personne et de la liberté de la presse avaient contraint Correa à accorder sa grâce. Palacio s'était enfui à Miami pour éviter la prison.

Alors que les membres de l'IFEX saluent le geste, la situation alarmante de la libre expression en Équateur continue d'en inquiéter plus d'un.

Fundamedios est d'avis que le ton et le contenu de l'annonce « ne favorisaient pas un sentiment d'optimisme ».

« Ils ne nous incitent pas à croire… que le gouvernement équatorien modifiera sa politique de harcèlement constant et systématique contre les journalistes et les médias privés et indépendants », dit Fundamedios.

Index on Censorship affirme que l'impact de cette affaire sur la liberté de la presse était « irréversible », ajoutant que « les accusations ont laissé une marque indélible sur le désir de toute personne qui conteste le Président Correa dans ses fonctions présidentielles ».

La grâce présidentielle ne s'applique qu'aux peines et non à l'édit judiciaire émis par la Cour nationale de Justice, qui demeure en vigueur comme précédent juridique. Ce facteur, dit la Société interaméricaine de la presse (SIP), pourrait mener à d'autres mesures à venir contre la presse.

« Ce que le peuple équatorien ne doit pas perdre de vue, c'est que persistera le précédent d'un président qui écrase la presse de son pays au moyen de menaces juridiques », dit la SIP. « La liberté de la presse est un droit inhérent de la personne, qui n'existe pas simplement parce qu'un président pourrait vouloir l'accorder comme on accorde une faveur particulière. »

La chronique du « El Universo » au centre de la controverse faisait constamment référence à Correa en l'appelant « le Dictateur » et affirmait qu'il avait ordonné aux troupes de tirer « sans avertissement sur un hôpital rempli de civils et de gens innocents » en septembre 2010 lors d'une révolte de la police à propos du projet du gouvernement de comprimer les avantages sociaux des policiers.

Les avocats du « El Universo » ont dit qu'ils attendaient le dépôt des documents appropriés concernant la grâce afin de les passer en revue et d'y répondre.

Entre-temps, un groupe de partisans de Correa, connu sous l'appellation de correistas.com, avec le soutien de certains responsables publics, a entrepris une campagne intitulée « Plus d'attaques contre l'Équateur » en opposition aux médias et aux organisations, tant ceux du pays que du reste du monde, qui dénoncent la condamnation du « El Universo ».

Le groupe espère obtenir que 20 000 partisans appuient une lettre adressée à ces groupes ainsi qu'à « toutes les organisations et boîtes à idées qui, soit par la désinformation, soit par une action politique délibérée, visent à influer sur le processus de développement social dans la liberté et la dignité dont nous jouissons aujourd'hui dans notre Équateur. »

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