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Egypte: après les journalistes, les blogueurs victimes d'arrestations arbitraires

Le blogueur Alaa Abdel Fattah lit un journal pendant son procès, le Caire, Egypte, le 23 mai 2015
Le blogueur Alaa Abdel Fattah lit un journal pendant son procès, le Caire, Egypte, le 23 mai 2015

KHALED DESOUKI/AFP/Getty Images

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 9 mai 2018.

En l'espace d'un mois, trois blogueurs connus pour leur esprit subversif ont été arrêtés en Egypte. Alors que l'espace d'expression ne cesse de se réduire, Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités égyptiennes à ne pas confondre insolence et terrorisme.

Ses vidéos satiriques sont très populaires et ont été vues par des milliers d'internautes sur les réseaux sociaux. Le blogueur Shadi Abu Zeid faisait également partie de l'équipe de l'émission à succès Abla Fahita, récemment suspendue par les autorités qui ont jugé ses propos humoristiques trop osés. Dimanche 6 mai, l'auteur d'une célèbre grossière plaisanterie contre la police égyptienne début 2016 a été arrêté, chez lui, par la Sécurité d'Etat. Après presque deux jours d'inquiétude, sa famille a appris qu'il serait maintenu en détention provisoire pour au moins 15 jours. Le blogueur est soupçonné de "publication d’informations mensongères" et "d'appartenance à un groupe interdit". Uneaccusation utilisée généralement pour les personnes considérées comme proches des Frères musulmans et qui est particulièrement étonnante vu la personnalité de Shadi Abu Zeid.

Quatre jours plus tôt, le 2 mai, Sherif Gaber, qui avait récemment ouvert un blog après s'être longtemps exprimé sur les réseaux sociaux, a été arrêté à l'aéroport du Caire, alors qu'il s'apprêtait à quitter le pays. Il est accusé de prôner l'athéisme, une accusation qui lui a déjà valu d'être détenu en 2013. La loi égyptienne punit toute insulte ou manque de respect à l'égard des trois religions monothéistes.

Ces deux récentes arrestations s'ajoutent à celle, le mois dernier, du blogueur "Mohamed Oxygen". Ses micro-trottoirs et ses interviews de personnalités, abordant de manière décontractée des sujets de société ou politiques, ont attiré des centaines de milliers d’abonnés sur sa page Facebook et sa chaîne Youtube. Mohamed Radwan Mohamed, de son vrai nom, est maintenu en détention provisoire depuis le 6 avril 2018. L'écrivain égyptien Alaa al Aswani lui rend hommage dans les colonnes de la Deutsche Welle : "Il savait qu'il ne pourrait pas trouver un emploi satisfaisant dans les journaux et la télévision classiques. Au lieu de céder au désespoir, il a décidé d'être un journaliste indépendant et un blogueur.'

"Les blogs, les micro-trottoirs spontanés, l'humour, l'insolence ne sont pas des actes terroristes. Comment l'Egypte peut-elle justifier l'arrestation de ces blogueurs si ce n'est à vouloir contrôler non seulement l'information mais aussi les opinions du pays?" s'alarme Reporters sans frontières.


Une répression tous azimuts

Dans un pays quasiment réduit au silence, après la reprise en main des médias traditionnels et alors que les médias indépendants en ligne ont été rendus inaccessibles, les réseaux sociaux restent un espace que les autorités égyptiennes n'ont pas encore bloqué. Elles cherchent cependant d’autres moyens pour y contrôler la circulation de l'information.

Quand ils ne sont pas arrêtés comme le blogueur Alaa Abdel Fattah qui purge depuis 2015 une peine de 5 ans de prison, les journalistes et utilisateurs des réseaux sociaux sont la cible de pressions et d'intimidations : certains sont diffamés, ce qui leur fait craindre d'être arrêtés, d'autres, comme Wael Abbas ont été victimes d'attaques en ligne par des armées de trolls qui ont réussi à faire suspendre son compte.

L'Egypte, qui maintient actuellement au moins 35 journalistes, journalistes-citoyens et blogueurs derrière les barreaux -la plupart en détention provisoire- occupe la 161e place sur 180 pays dans le Classement 2018 sur la liberté de la presse dans le monde établi par Reporters sans frontières.

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