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Grèce : trois journalistes enquêtant sur la crise migratoire arrêtés et placés en détention pour diffamation

Des enfants marchent prés du camp de réfugiés de Moria sur l'île de Lesbos, Grèce, le 25 Septembre 2018
Des enfants marchent prés du camp de réfugiés de Moria sur l'île de Lesbos, Grèce, le 25 Septembre 2018

Milos Bicanski/Getty Images

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 26 septembre 2018.

Trois journalistes du quotidien grec Fileleftheros, poursuivis pour diffamation par le ministre de la Défense Panos Kammenos, ont été arrêtés et placés toute une nuit en détention. RSF dénonce la disproportion de cette peine et demande que le délit de diffamation qui fait encourir des peines de prison aux journalistes soit abrogé.

L'éditeur du journal Fileleftheros, Thanassis Mavridis, son directeur, Panagiotis Lampsias, et une de ses rédactrices, Katerina Galanou, ont passé la nuit du samedi 22 septembre en détention dans un poste de police d'Athènes. Les trois journalistes s'étaient présentés volontairement à la police après que le ministre de la Défense a déposé une plainte contre eux pour diffamation. En droit grec, la diffamation est considérée comme un crime "de flagrant délit", ce qui signifie qu'une plainte contre une personne peut entraîner sa détention immédiate.

Les trois journalistes étaient poursuivis suite à la publication le 21 septembre d'un article sur le camp de réfugiés de Moria sur l'île de Lesbos, un des cinq hotspots de Grèce, où les réfugiés se massent le temps que leurs demandes d'asile soient étudiées.

En vertu d'accords signés lors du sommet européen de mars 2016, des fonds communautaires sont versés à des ONG grecques qui se consacrent à des activités de solidarité envers les réfugiés et migrants, mais comme c'est souvent le cas avec les financements européens, l'affectation des fonds dépend de procédures longues et compliquées. Or, dans leur article, les journalistes laissent entendre que des fonds européens destinés aux réfugiés et aux migrants auraient été détournés au profit de proches du ministre de la Défense, Panos Kammenos.

"Reporters sans frontières dénonce la disproportion de la peine imposée à des journalistes arrêtés pour avoir osé critiquer un membre du gouvernement, déclare Pauline Adès-Mével, responsable du bureau UE-Balkans de RSF. Les autorités grecques doivent abolir des mesures rétrogrades comme le flagrant délit contre des journalistes qui permet de les emprisonner pour leurs articles."

Les trois journalistes ont été présentés dimanche 23 septembre au procureur chargé de l'affaire qui a décidé de les libérer et d'ouvrir une enquête préliminaire sur un éventuel délit "dénonciation calomnieuse" à l’encontre du ministre. Une petite victoire pour la liberté de la presse au lendemain d’arrestations jugées abusives par les associations grecques de défense des médias.

Les journalistes grecs ou étrangers qui enquêtent sur la crise migratoire ont rencontré des embûches ces dernières années en Grèce notamment pour témoigner de cette grave crise humanitaire qui marque le début du XXIe siècle. Le pays occupe aujourd'hui la 74e place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018 établi par RSF.

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