RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

Irak : quand enquêter sur la corruption mène les journalistes en prison

Une femme participe en une manifestation contre la corruption à Bagdad, Irak, le 15 septembre 2017
Une femme participe en une manifestation contre la corruption à Bagdad, Irak, le 15 septembre 2017

AHMAD AL-RUBAYE/AFP/Getty Images

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 12 juin 2018.

Deux journalistes d'investigation travaillant sur des affaires de corruption différentes sont inquiétés cette semaine par les autorités locales. Reporters sans frontières dénonce les pressions dont ils font l'objet et demande l'abandon immédiat des poursuites.

Deux heures du matin, samedi 9 juin. Le journaliste Mostafa Hamed travaillant pour la chaîne Charqeya est arrêté chez lui, dans la ville de Fallouja (province d'Anbar), par des policiers qui ne l'informent pas des charges qui pèsent contre lui. Il sera maintenu en détention pendant quatre jours, avant abandon des poursuites. D'après les informations recueillies auprès du directeur de la chaîne par l'Observatoire des libertés journalistiques (JFO), l'organisation partenaire de RSF en Irak, le journaliste enquêtait sur l'implication de dirigeants de la municipalité de Fallouja dans un scandale immobilier. La chaîne Charqeya pour laquelle il travaille appartient par ailleurs à un homme d'affaires, Saad al Bazzaz, connu pour être un rival politique du gouverneur de la province d'Al Anbar, qui avait tenté à la fin de l'année dernière, de faire fermer le média.

Autre lieu, autre cas : dans la province de Najaf, c'est le journaliste Hossam al Kaabi, de la chaîne NRT en arabe qui est la cible de multiples pressions pour son travail d'enquête sur une affaire de corruption impliquant l’ancien conseil d'administration de l’aéroport de la province. Argent, femmes, menaces… tous les moyens ont été utilisés pour le faire taire, dit-il. Son travail sur cette affaire, devenue de notoriété publique, lui vaut aussi plusieurs dizaines de plaintes en justice. Objet d'un mandat d'arrêt, il a dû payer le 6 juin dernier une imposante caution, 15 millions de dinars (10 745 euros), pour être remis en liberté.

La plainte de l'ex-administration de l'aéroport de Najaf a été déposée 4 jours après la fermeture de son média principal, la chaîne arabe du bouquet NRT, pour raisons financières. Défendu par un consortium d'avocats, Hossam al Kaabi a fait part de ses craintes à RSF concernant l'issue de son procès, craignant un manque d'indépendance de la justice irakienne.

"Ces deux mandats d'arrêt mettent en lumière le difficile exercice du journalisme en Irak, entre le risque de voir son travail utilisé dans le cadre de rivalités politiques et celui d'être injustement poursuivi, déclare Sophie Anmuth, en charge du bureau Moyen-Orient à Reporters sans frontières. Non seulement les poursuites absurdes contre Hossam al Kaabi doivent être abandonnées, mais il est du devoir des autorités de protéger les journalistes qui font l'objet de menaces."

Comme le rappelle le journaliste Hossam al Kaabi sur sa page Facebook, la loi irakienne protège en principe le droit des journalistes à chercher des informations et des sources. Dans les faits cependant, l’organisation JFO rappelle fréquemment l'impunité dont jouissent les notables locaux à l'origine de pressions judiciaires, et parfois de menaces de mort, contre les journalistes qui dénoncent des affaires de corruption.

L'Irak figure à la 160ème place sur 180 du Classement 2018 sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

Dernier Tweet :

Un vistazo a las potenciales vulnerabilidades de WhatsApp: @derechosdigitalinvestiga si la policía chilena podría h… https://t.co/xF01GrtAVU