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Kirghizistan : l'heure de vérité pour la liberté de la presse

Le Président de la République, Sooronbaï Jeenbekov, en une conférence de presse avec le Président de Kazakhstan, en Astana, Kazakhstan, le 25 décembre 2017
Le Président de la République, Sooronbaï Jeenbekov, en une conférence de presse avec le Président de Kazakhstan, en Astana, Kazakhstan, le 25 décembre 2017

Aliia Raimbekova/Anadolu Agency/Getty Images

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 26 février 2018.

Amendes astronomiques, interdictions de voyager, mises en examen de journalistes… Au Kirghizistan, les nuages s'amoncellent sur la liberté de la presse. Reporters sans frontières (RSF) souligne l'urgence de mettre un terme à cette dérive et de respecter le journalisme indépendant.

Les semaines passent et la pression ne cesse de croître sur les journalistes indépendants kirghizes. Le 22 février, la Cour suprême a confirmé la condamnation du célèbre journaliste Kabaï Karabekov à 5 millions de soms (60 000 euros) de dommages et intérêts pour "offense" au nouveau Président de la République, Sooronbaï Jeenbekov. Le journaliste, qui a l'interdiction de quitter le territoire, encourt jusqu'à deux ans de prison s'il ne s'acquitte pas rapidement et intégralement de cette somme : la justice lui a refusé la possibilité de payer en plusieurs échéances.

La situation rappelle le précédent établi contre le site d'information Zanoza : la Cour suprême avait confirmé en novembre 2017 la condamnation du média, de ses cofondateurs, d'une défenseure des droits humains et de deux juristes à 40 millions de soms (près de 500 000 euros) en dommages et intérêts au profit de l'ancien président de la République, Almazbek Atambaïev. Non seulement les responsables de Zanoza font toujours l'objet d'une interdiction de voyager, mais leurs comptes en banque sont gelés. Le 7 février, la justice a rejeté en appel leur demande d'étaler le paiement. L'ancien Président de la République réclame même que les biens immobiliers de la rédactrice en chef du site, Dina Maslova, soient vendus aux enchères pour couvrir sa part des dommages et intérêts. RSF appelle le public le plus large à participer à l'opération de crowdfunding lancée au Kirghizistan dans l'espoir de collecter les fonds nécessaires.

"Le Kirghizistan est sur une pente glissante : nous appelons Sooronbaï Jeenbekov à mettre un terme à cette dérive et à inscrire son mandat dans le plein respect de la liberté de la presse, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'est et Asie centrale de RSF. Nous demandons l'abandon des poursuites astronomiques contre les médias critiques et une réforme de la loi sur la presse pour limiter les dommages et intérêts et supprimer la protection particulière du chef de l'Etat. La justice doit jouer son rôle démocratique en protégeant les journalistes face aux pressions au lieu de les y exposer."


La liberté de la presse sur une pente glissante

Si le pluralisme des médias kirghizes fait figure d'exception en Asie centrale, les inquiétudes montent. La journaliste d'investigation Elnoura Alkanova a été inculpée le 13 février pour "obtention et divulgation d'informations relevant du secret bancaire ou commercial". En cause, ses révélations sur une privatisation douteuse publiées sur le site d'information Ferghana, bloqué au Kirghizistan depuis juin 2017. Interdite de voyager depuis début janvier, la journaliste affirme avoir été interrogée sur ses sources et ses collègues à de multiples reprises par la police.

Le secteur audiovisuel n'est pas épargné. La Cour suprême a confirmé, le 27 décembre 2017, la fermeture de la chaîne de télévision Sentyabr. En cause, les déclarations "extrémistes" d'un ancien haut fonctionnaire, diffusées en direct lors d'une interview. Non seulement ces propos avaient été tenus par un intervenant extérieur, hors du contrôle de la chaîne, mais le parquet n'avait produit aucune expertise attestant de leur caractère "extrémiste". Aucun avertissement n'avait été adressé à Sentyabr, proche du parti d'opposition Ata-Meken, avant d'en arriver à une décision aussi radicale que sa fermeture. Encore plus étonnant : l'interview incriminée n'avait pas été diffusée sur la télévision condamnée, mais sur une chaîne homonyme fermée en 2016.

Le siège de la chaîne de télévision NTS a subi le 19 décembre une descente de policiers et d'huissiers qui a temporairement paralysé ses activités. L'une des plus populaires du pays, la chaîne était liée à l'opposant Omourbek Babanov, qui avait failli mettre en ballotage le candidat du pouvoir lors de l'élection présidentielle d'octobre 2017. Un tribunal de Bichkek a ordonné le gel de ses actifs sur la base d'une plainte déposée par une obscure société offshore. La mesure a été exécutée le jour même, une rapidité d'autant plus exceptionnelle que NTS n'est pas la cible directe de la plainte, mais une tierce partie. Un accord temporaire a finalement été trouvé pour que la chaîne puisse poursuivre sa diffusion après l'inventaire de ses équipements.

Le 9 décembre, le correspondant de l'Agence France Presse, Christopher Rickleton, était expulsé du pays sans explication. Le journaliste britannique était basé au Kirghizistan depuis 2010, son épouse et sa fille sont de nationalité kirghize. Un cas qui rappelle celui du journaliste russe Grigory Mikhaïlov, expulsé en mars 2017 dans des circonstances troubles.

Le Kirghizistan occupe la 89e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2017 établi par RSF.

Pour plus d'information :
Retrouver les précédents communiqués de presse de RSF à ce sujet
Lire la tribune de RSF et 42 ONG kirghizes suite au verdict de la Cour suprême sur Zanoza (en russe).

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