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Pourquoi les défenseurs de la liberté d'expression devraient-ils prêter attention au référendum de Catalogne

Le 1er octobre 2017, la région autonome de Catalogne tiendra un référendum historique sur la déclaration de l'indépendance vis-à-vis de l'Espagne. Le scrutin a été interdit par le gouvernement espagnol, qui a été accusé d'employer des mesures judiciaires lourdes pour faire taire le débat politique sur la question de l'autodétermination. Cinta Arasa, une romancière, militante de l'indépendance et membre du conseil d'administration du Centre PEN catalan, s'est entretenue avec Cathal Sheerin de la situation actuelle et de ses répercussions sur la libre expression politique.

Barcelone, Espagne, le 15 octobre 2015. Des gens rassemblés devant la haute cour de Catalogne pendant que le président régional intérimaire Artur Mas arrive pour l'interrogatoire sur son rôle supposé dans l'organisation d'un sondage
Barcelone, Espagne, le 15 octobre 2015. Des gens rassemblés devant la haute cour de Catalogne pendant que le président régional intérimaire Artur Mas arrive pour l'interrogatoire sur son rôle supposé dans l'organisation d'un sondage

AP Photo/Emilio Morenatti

« L'utilisation de mesures judiciaires pour faire taire notre débat démocratique est une attaque directe sur notre droit à la liberté d’expression ».


CS: Contre la volonté du gouvernement espagnol, la Catalogne a tenu, en 2014, un vote non contraignant sur son autodétermination. Le 1er octobre 2017, elle en tiendra un autre historique, juridiquement contraignant (également interdit par les autorités espagnoles). Comment la Catalogne en est-elle arrivée à ce stade?

CA: En avril 2014, le gouvernement espagnol a rejeté une pétition du Parlement catalan pour tenir un référendum sur l'autodétermination. Toutefois, en septembre, les législateurs catalans ont adopté la Loi sur les consultations populaires non contraignantes (avec le soutien de 79% des députés) et ont prévu un référendum sur l'autodétermination pour le 9 novembre de cette année-là. En réponse, la Cour constitutionnelle espagnole a temporairement suspendu aussi bien cette loi que le décret appelant au vote de novembre. Le président catalan de l'époque, Artur Mas, l'a autorisé en annonçant un nouveau vote et en le déclarant comme étant un « processus public participatif ». Le vote s'est poursuivi grâce à plus de 30 000 bénévoles et le résultat a été un succès retentissant en faveur de l'indépendance. [Note de l'éditeur: plus de deux millions sur une estimation de 5,4 millions d'électeurs en droit de voter ont participé au scrutin, avec 80% de soutien à l'indépendance.]

Ce vote a eu un grand impact politique et social, tant pour l'agenda politique espagnol que pour la société catalane. Dans une certaine mesure, je pense que le référendum du 1er octobre 2017 aura bel et bien lieu en raison du scrutin de novembre 2014. Le gouvernement et le Parlement catalan ont tous déclaré que le vote d'octobre sera juridiquement contraignant et, si la majorité des électeurs soutienne l'indépendance, la Catalogne déclarera son indépendance peu de temps après.


Il y a eu des répercussions assez sérieuses en termes des droits politiques, de liberté d'expression et de censure pour les dirigeants catalans qui ont organisé le référendum 2014. Pouvez-vous commenter cela ainsi que les restrictions imposées au scrutin d'octobre?

À la suite du référendum de 2014, le procureur général espagnol a engagé des poursuites pénales contre le président de l’époque Mas, le vice-président catalan et le ministre de l'Éducation pour leur implication dans le scrutin; en conséquence, tous les trois ont été interdits d'exercer des fonctions publiques. En ce qui concerne le vote d'octobre 2017, le gouvernement espagnol a simplement déclaré que la loi espagnole ne l'autorise pas. Le président du Parlement catalan, Carme Forcadell, a été accusé d'outrage au tribunal après avoir autorisé un débat parlementaire et un vote sur l'adoption d'une feuille de route menant à l'indépendance de la Catalogne. Et dans une affaire distincte, elle et d'autres membres du Bureau du Parlement devaient témoigner devant un tribunal pour avoir désobéi à la Cour constitutionnelle espagnole - c'était pour avoir permis un débat et deux résolutions soutenant sur le référendum.

Mais ce ne sont là que les cas emblématiques. Il existe actuellement plus de 400 procédures judiciaires en cours contre des autorités locales de la Catalogne et leurs représentants élus. Tous ces cas ont trait aux actions liées à la question de l'autodétermination: les « infractions » vont du fait de n'avoir pas levé le drapeau espagnol à la mairie à l'ouverture des bâtiments municipaux le jour de la fête nationale de l'Espagne en passant par la déclaration d'une ville « libre et indépendante ».

C'est extrêmement troublant. L'utilisation de mesures judiciaires pour faire taire notre débat démocratique est une attaque directe contre notre droit à la liberté d'expression - c'est purement de la censure. C'est aussi une attaque contre les droits politiques de la majorité du peuple catalan qui veut que ce référendum se poursuive.

Il y a également eu des pressions juridiques exercées sur les organisations de la société civile, y compris l'Accord national pour le référendum, dont l'ancien coordonnateur a été contraint par la Garde civile espagnole à faire une déclaration expliquant les activités de l'organisation.


Alors, comment le gouvernement espagnol appliquera-t-il l'interdiction du référendum d'octobre?

Jusqu'à présent, leur réponse publique principale était qu'ils utiliseraient tous les moyens en leur disposition de manière rationnelle et proportionnelle. Ils ont parlé de suspendre l'autonomie de la Catalogne il y a quelques mois, bien que pas récemment. Cependant, l'un des plus grands débats ici est ce que feront les Mossos d'Esquadra, la police catalane, - ils respecteront soit le droit espagnol (interdire le référendum), soit le mandat du gouvernement catalan (organiser le référendum). Un débat similaire avait eu lieu avant le 9 novembre 2014 et la police catalane n'avait pas empêché le référendum à l'époque.


En 2005, il y avait un moment d'espoir pour une solution amiable. Pouvez-vous nous dire ce qui s'était passé?

En 2005, le Parlement de la Catalogne avait adopté le nouveau Statut d'Autonomie (une constitution régionale). Celui-ci fut plus tard réécrit par le Parlement espagnol et approuvé lors d'un référendum par le peuple catalan. Le premier ministre espagnol de l’époque, Zapatero, avait précédemment promis qu'il soutiendrait un statut d'autonomie adopté par les législateurs catalans. Cependant, en 2010, la Cour constitutionnelle espagnole a considérablement modifié la nouvelle législation, diminuant son objectif de plus grande autonomie pour la Catalogne et aussi l'une de ses principales parties: la référence à la Catalogne en tant que nation.

Pour moi, c'était l'un des moments les plus significatifs de ce que nous appelons « la voie de l'indépendance ». Ce jour-là, beaucoup de personnes qui avaient toujours soutenu un autre type de relation avec l'Espagne, avec un gouvernement catalan plus fort (mais pas tout à fait l'indépendance), ont été déçus et ont réalisé que ce n'était pas réellement réaliste. Cette expérience a renforcé le soutien à l'indépendance catalane et, en juillet 2010, a eu lieu la première des manifestations de masse pour l'indépendance. Son slogan était: « Nous sommes une nation! Nous décidons (de notre avenir) ».

Le gouvernement espagnol traite maintenant les politiciens catalans comme des gens isolés et à problème. Certains politiciens cyniques opposés au référendum disent des choses comme celles-ci: « Le peuple catalan mérite des politiciens qui s'occupent de leurs problèmes réels, pas des politiciens préoccupés uniquement par l'indépendance » ... [même s'ils savent que], les politiciens pro-référendum et pro-indépendants ont été élus démocratiquement, ce qui signifie que la population catalane considère l'avenir de leur nation comme l'une de leurs priorités.


Pouvez-vous parler un peu de la place de la langue catalane par rapport à l'indépendance, la liberté d'expression et l'identité?

Je dirais que la langue catalane est l'un des aspects les plus importants de l'identité catalane. Cependant, le gouvernement espagnol ne reconnaît pas le catalan comme une langue « officielle » en dehors de la Catalogne, donc son utilisation n'est pas autorisée dans le débat parlementaire espagnol. Le débat parlementaire (même si l'espagnol est autorisé au Parlement catalan).

Pendant des siècles, la langue catalane était également interdite dans les institutions et la vie culturelle, mais le peuple catalan n'a jamais cessé de la parler à la maison. Au cours de nombreuses périodes, parler catalan dans les espaces publics ou officiels était un acte de résistance politique.

Sous Franco, le catalan était totalement interdit dans les écoles, et les enfants étaient souvent punis s'ils ont parlé leur langue maternelle. Enfant, ma mère parlait essentiellement catalan (même si elle pouvait comprendre un peu d'espagnol). À l'âge de quatre ans, à son premier jour d'école, elle avait besoin d'utiliser les toilettes, mais elle ne pouvait pas se souvenir de la manière de le demander en espagnol. Elle était tellement embarrassée, mais elle savait qu'elle n'avait pas le droit de parler catalan, et à cause de cela, elle a fini par uriner sur elle-même.


Enfin, que pensez-vous qu'il va se produire le jour du vote? Quel est votre plus grand espoir?

Mon plus grand espoir est qu'il y ait une forte participation et que l'option d'indépendance l’emporte. Je dois admettre que j'avais peur que le gouvernement catalan renonce à un certain moment parce que tout le processus a été si long et difficile. Cependant, je pense que de nos jours, tous les politiciens du gouvernement catalan sont totalement engagés dans le référendum.

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