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RSF appelle les autorités indiennes à placer la liberté de la presse au cœur du débat démocratique

Les sympathisants du parti Bharatiya Janata Party (BJP) fêtent les resultats des élections provinciales dans le petit Etat du Tripura, en Kolkata, Indie, le 3 mars 2018
Les sympathisants du parti Bharatiya Janata Party (BJP) fêtent les resultats des élections provinciales dans le petit Etat du Tripura, en Kolkata, Indie, le 3 mars 2018

Debajyoti Chakraborty/NurPhoto via Getty Images

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 8 mars 2018.

Alors que le parti de Narendra Modi vient de remporter les élections provinciales dans le petit Etat du Tripura, où deux journalistes ont été tués en deux mois à l'automne, Reporters sans frontières (RSF) dresse un état des lieux préoccupant de la liberté de la presse dans le pays. L'organisation appelle le Premier ministre indien à protéger les journalistes et leur travail, plutôt que de les stigmatiser.

"Sur de nombreux fronts, la situation de la liberté de la presse se détériore en Inde, remarque Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Assassinats de journalistes impunis, détention arbitraire, entraves au libre exercice de la profession, hostilité affichée des autorités face aux voix critiques… A un an des élections générales, nous demandons aux autorités fédérales de donner des gages concrets pour que cessent les pressions grandissantes qui pèsent sur les acteurs de l'information, et qui encouragent l'autocensure."

Quatre journalistes tués en Inde en toute impunité

L'Inde est l'un des pays les plus meurtriers au monde pour les journalistes. Au moins dix journalistes indiens ont été assassinés en raison de leur activité professionnelle depuis 2015, dont quatre ces derniers mois. Les actes de violence contre les journalistes augmentent : pour autant, la plupart restent impunis et le gouvernement ne fait rien pour protéger les journalistes indiens.

Gauri Lankesh, journaliste célèbre pour ses prises de position critiques contre le nationalisme hindou, mené par le parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP), a été abattue de trois balles le 5 septembre dernier devant son domicile. L'arrestation d'un suspect le 2 mars confirme le lien entre le meurtre et la mouvance d'extrême droite hindoue.

Dans l'Etat du Tripura, deux journalistes, Shantanu Bhowmick et Sudip Datta Bhaumik ont été tués à quelques mois d'intervalle, tandis que Navin Gupta a été abattu dans le nord de l'Inde en décembre dernier, sans que l'enquête n'ait pu déterminer le mobile. Le Premier ministre Narendra Modi, très actif sur Twitter, a gardé le silence face à cette recrudescence de violences contre les journalistes, et a même été vivement critiqué pour son abonnement au compte d'un nationaliste se réjouissant du meurtre de Gauri Lankesh.

Le Cachemire, en passe de devenir un trou noir de l'information

Déjà six mois que Kamran Yousuf, photojournaliste kashmiri de 23 ans, est détenu arbitrairement par les autorités indiennes. Accusé de sédition, conspiration criminelle et tentative d'engager une guerre contre l'Inde, il risque la prison à vie pour avoir tenté de couvrir le conflit dans l'Etat du Jammu-et-Cachemire. L'acharnement contre ce jeune reporter, que le gouvernement ne considère pas comme un "vrai journaliste" car il ne s'intéressait pas aux "activités de développement comme les inaugurations d'hôpitaux ou d'écoles", témoigne clairement de la volonté de faire de Kamran Yousuf un exemple pour dissuader les journalistes kashmiris de couvrir la zone.

Les autorités indiennes tentent tant bien que mal d'imposer le silence sur la situation dans la partie indienne du Cachemire, en y coupant régulièrement Internet, en y interdisant la présence de journalistes étrangers, et en faisant pression sur les journalistes locaux.

En Inde, les journalistes étrangers ne sont pas les bienvenus

Alors que Narendra Modi vantait les mérites de la presse indienne et promettait de "défendre la liberté de la presse sous toutes ses formes" en novembre 2017, il n'a pas pour autant facilité l'obtention de visas pour les journalistes étrangers, bien au contraire. Les conditions pour obtenir un visa "journaliste", que tous les journalistes doivent demander, y compris pour faire du tourisme, sont drastiques. En témoigne l'expérience d'une journaliste australienne d'ABC News, Amruta Slee, qui s'est vu demander de fournir une liste de ses potentiels entretiens et de bénéficier d'un "accompagnateur" par les autorités indiennes en février dernier.

Paul Comiti, journaliste et documentariste français de 47 ans, avait quant à lui été interpellé puis placé en détention provisoire en décembre 2017 à Srinagar, la capitale de l'Etat du Jammu-et-Cachemire. Le documentariste a été inculpé pour violation des règles de visa pour avoir préféré demander un visa "affaires" mentionnant sa qualité de producteur, plutôt qu'un visa "journaliste". Les journalistes étrangers ayant diffusé des reportages "négatifs" ou "hostiles" au pays sont tout simplement interdits d'entrée en Inde.

Un Premier ministre hostile aux médias

Pour s'exprimer, le Premier ministre indien préfère Twitter aux conférences de presse. Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, le chef du BJP a gardé ses distances avec la presse nationale en ne donnant aucune conférence de presse, contrairement à tous ses prédécesseurs. Il communique sur les réseaux sociaux, sur lesquels il est soutenu par une armée d'internautes qui harcèlent et menacent les journalistes critiques en toute impunité. Narendra Modi n'accorde des interviews qu'à une poignée de médias proches du pouvoir.

Pour rappel, l'Inde est située à la 136ème position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2017.

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"South African newsrooms are under pressure to move away from thoughtful and in-depth reporting towards responding… https://t.co/7DgcyJT7qw